La caravane passe…

J’avais participé à la couverture vidéo du passage d’une caravane de femme du Maroc (la citation est bidon)

La caravane passe et quelques impressions restent…

 « Le militant a cela de commun avec le travailleur social, c’est qu’il se contente assez facilement des actions qu’il entreprend »

[ Le Grand Livre rouge, écrits, discours et entretiens (1949-1971) ]
Mao Zedong ou Mao Tsé-Toung

Quelques suggestions, remarques prétentieuses, critiques acerbes, voire des quolibets, mais pas que, suite à la réunion bilan de la caravane du 10 Juin 2008.

Comme toujours ce genre de réunion voit ses effectifs diminuer au fur et à mesure que le temps s’écoule… Dans le tour de table ceux qui passeront vers la fin auront droit à un auditoire diminué de moitié. Drôle d’échanges…

(On peut s’étonner aussi de la présence des bailleurs à une telle réunion, mais c’est une autre histoire…)

Cela pose la question de l’organisation même de ce genre de  réunion.

Gestion du temps.

 Il faut caler de suite jusqu’à quelle heure la réunion peut se faire avec tout le monde. Cela donne une durée de temps disponible. On découpe alors le temps en fonction de l’ordre du jour que l’on s’est donné, et quelqu’un-e  assure la juste attribution du temps pendant toute la durée de la réunion conformément à ce qui a été décidé.

Comment travailler ensemble ?

Dans ce genre de réunion où le temps disponible de l’ensemble du groupe est compté, il est bon de définir les sujets prioritaires qui doivent être traités impérativement avec l’ensemble du groupe.

Ici la question essentielle aurait dû être « Comment allons-nous continuer à travailler ensemble ? Selon quelle méthode, avec quels outils ? »

En général, cette question là n’est que rarement traitée, ou alors vite fait, à la fin de la réunion avec ce qui reste des gens tous sur le départ…

Il faut profiter de ce moment de retrouvaille pour engager une dynamique de travail commun, et ça passe d’abord par le traitement de ces questions. Ou alors on considère implicitement que cette question est portée par le noyau dur, et qu’elle n’a pas à être prise en charge collectivement.

Des z’outils.

Je suis toujours fasciné de voir comment dans les milieux de travailleurs sociaux (et ailleurs) on n’a pas encore compris que nous sommes au 21ème Siècle et que la révolution majeure de ce siècle aura été l’arrivée d’internet. Avant il y avait une façon de travailler collectivement, de gérer l’information, etc… Aujourd’hui tout ça  a radicalement changé et cela modifie profondément les façons de travailler collectivement.

Encore faut-il maîtriser un tant soit peu ces outils. Ce qui est frappant c’est de voir des gens qui croient les maitriser, et qui en fait n’y connaissent rien. Cette position fait que rien n’est entrepris pour avancer dans la découverte de ces outils.

Le seul outil utilisé pendant la caravane a été un blog, qui a eu le mérite d’exister mais à qui on n’a pas donné toute l’importance qu’il aurait dû avoir.

En ce qui concerne la question de l’utilisation de l’internet lire (svp) le sublime texte que je joins et qui s’appelle « L’internet , c’est pas que pour les chameaux »

Pour ce qui est de mon bilan à moi que j’ai.

Bien sûr je trouve que j’ai eu de la chance de participer à cette aventure, que j’ai vu, entendu, discuté, appris, plein de choses. Mais comme dirait Staline en se lissant la moustache, seule la critique est constructive (je cite de mémoire..).

On peut revenir sur la tenue des débats en général. J’ai constaté une non-maîtrise des débats où j’avais parfois l’impression que l’on ouvrait un robinet et qu’on se contentait de venir le refermer à la fin du temps imparti… et que pour animer un débat c’était bien suffisant.

– La question des débats est une question centrale qui est maltraitée partout. Il serait temps de la prendre à bras le corps. Un débat, c’est un vrai travail, il  existe des mètres linéaires de bouquin consacrés à ce sujet… Faudrait un jour y mettre le nez, ou alors changer de métier, quoique dans un autre métier, ce sera peut-être pareil.

– Au niveau technique pur : le son sous la tente était merdique, mais personne ne s’en est plaint, il a fallu intervenir pour avoir un son qui ne sature pas, et mettre des bonnettes de mousse sur les micros pour ne pas avoir droit aux plosives qui vous martèlent la tête et rendent un peu plus fatiguant tout échange. La question du son est essentielle dans un projet comme ça… Mais qui s’en soucie vraiment ?  Dans ce cas, ça a été moi -parce que je suis génial et à la fois d’une efficacité et d’une modestie redoutables… qui m’y suis collé, dans une indifférence  générale ou presque… A noter que nous avions demandé de la lumière, et que ce qu’il y avait ou rien c’était pareil.

Quelques scènes. 

– Quelques dizaines de  femmes avec foulard, sont là assises sous la tente. Les caravanières leurs présentent le pourquoi du comment et terminent en leurs disant « Si vous avez des questions… ». Il ne s’est pas écoulé deux secondes pour que la travailleuse sociale, qui avait amené ces femmes, prenne la parole et pose toutes les questions que ces femmes auraient peut-être posé elles-mêmes, de façon moins claire, peut-être… ?

– Dans une salle des fêtes des jeunes sont venus discuter avec quelques caravanières des relations garçons-filles. Une animatrice tente tant bien que mal d’animer le débat. Mais il y a un rapport de force à l’intérieur du groupe qui fait que tout est laborieux. En effet il ya autant de jeunes que d’adultes, qu’ils soient travailleurs sociaux, enseignants, militants associatifs. Les adultes vont réussir à parasiter constamment les tentatives de prise de parole des jeunes. Au point qu’à la fin, un jeune dira « Moi, que je respecte les filles je veux bien, mais quand elles me disent que je suis un con parce que je suis noir …». Ce jeune là, repartira avec sa question, il n’y a plus le temps de lui répondre…ou plutôt si, une adulte apportera un témoignage que personne ne lui a demandé…

– Il a été choisi un groupe folklorique aveyronnais, sorti direct de la naphtaline, pour terminer une après-midi. Le groupe exécute sa prestation qui va durer une bonne demi-heure. Là, dès le premier morceau, quelques caravanières sont  au premier rang et se délectent en cherchant d’elles-mêmes à apprendre les pas,  elles ne sont pas loin d’y parvenir, aux cris que lancent les danseurs et les danseuses, de temps en temps, elles sont prêtes à lancer des youyous… Nous filmons la scène à deux caméras, on se dit qu’il il y a peut-être là une rencontre possible, des regards croisés qui vont se concrétiser, nous irons jusqu’à dire aux danseurs costumés qu’il faudrait qu’ils intègrent les caravanières, ils nous répondent « plus tard ». Il n’y aura pas de « plus tard ». Ils termineront leur prestation entre français, blancs, bien de chez eux. Pour ma part, j’ai regretté que ceux qui avaient fait venir ce groupe improbable, n’aient pas saisi l’opportunité d’une rencontre qui aurait pu être vertigineuse. Comme je suis excessif, j’y vois là des traces, si ce n’est plus, d’un racisme intériorisé, ordinaire…

– Au repas de midi, servi en plein air, les associatifs, travailleurs sociaux, etc, mangent joyeusement, c’est offert par ceux qui accueillent. En fin d’après-midi, c’est le goûter qui est offert à tout le monde. Je vois dans les attitudes de certaines personnes pas vraiment blanches de peau, quelque chose qui ressemble à de la faim…  Je me dis que le repas de midi aurait pu leur être destiné…

– Un matin, les travailleurs sociaux et les caravanières consacrent un débat interne à la question de l’Islam. Les trois quarts du débat seront faits d’échanges partant dans tout les sens, avec un paquet de lieux-communs. A quelques minutes de la fin, une travailleuse sociale s’énerve un peu, et commence à parler des conditions de vie dans lesquelles vivent les jeunes (pas de boulot, police omniprésente et violente, etc) qui les préparent à aller se jeter dans les bras du premier barbu qui passe. Sa camarade en remet une couche derrière. Ca jette un froid, heureusement on n’a plus de temps, et chance une dame de l’OPAC je crois, va verser une eau tiède sur tout ça… Ouf !

– Pendant que sous la tente ça discute, dans une espèce d’entre- soi ou presque, des rapports homme-femme, dehors à 15 mètres de là, des femmes en foulard, formant un rond avec des chaises, discutent entre-elles. Cinq mètres plus loin, ce sont des hommes qui font de même, à côté, cinq jeunes de 15 ou 17 ans, appuyés au grillage s’ennuient. Pendant ce temps là sous la tente on parle d’eux…
Souvent je serai frappé par l’écart de ce qui se passe sous la tente, et ce qui se passe là à quelques mètres, comme si le réel restait à la porte…

– Dans la même journée j’ai connu le pire et le meilleur. Le matin, un Power Point de présentation d’un quartier, qui était laborieux, long, semblant avoir été réalisé par un instituteur à la retraite depuis cinquante ans. Et le groupe BA production, qui nous a livré des raps féministes sublimes écrits et chantés par des gamines de 12/14 ans…

– On peut se satisfaire du fait que les intégristes-islamistes de tous poils, si craints, ne se soient pas manifestés, ou de façon inopinée. Pour ma part j’y vois peut-être le signe d’un échec. C’est peut-être le signe que ce genre de manifestations ne les gêne aucunement. Que les espaces où ils travaillent sont bien plus vastes que celui couvert par les associations présentes sur la caravane…

Voilà en gros mes impressions. Bien sûr, elles frôlent souvent la mauvaise foi, la provocation gratuite, mais je n’arrive pas à faire autrement, le reste m’ennuie terriblement.

Merci de m’avoir lu

André

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