Faire du cinéma?

J’avais écrit ça en 96 pour un collectif de réalisateurs dont je faisais partie et qui n’a pas duré plus d’un an.. Les citations étaient bidon, mais personne ne s’en est aperçu… Mais qui l’a lu en fait??

De la politique.

 

“Ce que nous devrions avoir en commun, c’ est le besoin viscéral de changer le monde et de toute urgence!” (K.Marx “Le Manifeste Communiste” 1866)

Dans les moyens, il y a peut-être le cinéma. Travaillons donc à savoir si c’ est exact, et si c’ est le cas , montrons au plus de gens possible ces films là, et s’il le faut faisons les nous mêmes.

Changer le monde commence pour moi par donner du sens à ma propre vie, et aider les autres à faire de même, si le cinéma peut y aider, alors tant mieux.

J’ai envie de montrer un film à d’autres à cette condition là.

“Un film ne m’intéresse profondément que s’il est facteur de changement social.”(Vertov “Ma vie” 1919)

Dans une période de montée d’un fascisme polymorphe, il serait temps de sortir de notre confort de cinéphile et se confronter au réel.

Dans les films qui circulent actuellement (“Chemins de traverse” et “Ramona”), ce qui m’intéresse d’abord ce sont les “SUJETS” traités, ce qu’ils me font comprendre de ce qu’ils montrent, ensuite je m’interroge sur qui l’a fait et comment.

Ce qui me touche dans ces deux films c’ est d’abord qu’ils parlent de gens ordinaires, et que, ce qu’ils disent me fait respirer, me fait prendre conscience comment on nous étouffe en leur refusant l’accès aux médias.

Ca me fait réfléchir sur ce qu’est une lutte ouvrière, qui est en soit un moyen de changer le monde, (Cf. Arlette Laguiller in Lutte Ouvrière Mai 86).

L’écriture filmique, le CV des réalisateurs etc. me semble bien secondaire par rapport aux sujets traités.

Concernant “Chemins de traverses” je l’ai tout de suite passé à une amie cheminot, pensant que ça pourrait lui apporter quelque chose de voir comment, pendant qu’elle se battait à Toulouse, d’autres de la même entreprise, se battaient à Paris. Et je me suis dit que dans le cadre de “Regards” on pourrait, pour cette projection, viser un public de cheminots, et que le débat tournerait d’abord autour de leurs luttes . “Regards”  c’ est d’abord ça !!!

De l’organisation.

Il ne faut pas chercher l’unité dans un groupe, mais la gestion démocratique des divergences. Partant du principe que la démocratie est un type d’ organisation permettant aux minorités d’exister. Nous sommes d’accord sur deux ou trois choses importantes et différents sur plein d’autres. Comment s’organiser dans ces conditions? Il faut inventer une forme spécifique.

La production d’idées, d’actes, nécessite une méthode, une organisation, semblable à la production d’objets concrets tel qu’un film par exemple.

Croire que tout se fait spontanément, en discutant autour d’une table, relève d’un infantilisme dévastateur, pas toujours innocent, car laissant s’installer des prises de pouvoir troubles et diffuses, incontrôlables, donc antidémocratiques.

De la contradiction.

Il y a une contradiction fondamentale entre, “nous”, les auteurs, réalisateurs, producteurs, etc. et ” le public”. Nous cherchons à disposer des moyens d’expressions audiovisuelles sur le dos du public qui en est dépourvu. Et pour légitimer notre position nous devons encourager le public à venir en masse voir nos oeuvres où celles des autres. (“Une parmi d’autres” Jean Louis Comolli 1989)

Il nous faut donc assumer cette contradiction dans les débats que nous avons entre nous, en précisant constamment à qui nous nous adressons, au public, ou à nous et à nos semblables ?

Les films à travers leurs sujets (exemple: Luttes à la SNCF) s’ adressent au public, Quand à l’ écriture, au parcours du réalisateur etc. il s’ agit plutôt de nos centres d’intérêts et accessoirement de celui du public. Pour ce qui est du forum il n’y a plus de doutes.

“S’il n’y a pas besoin de films pour changer le monde alors, jetons les au panier, et passons à autre chose!” (Chris Marker “Cahiers du Cinéma” Juillet 78)

 

 

                                                                     André Sommermeyer  16/10/96

 

 

 

 

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