Filmer des tsiganes

En 1994, j’avais envie pour différentes raisons de filmer les  tsiganes… rien que ça…  qualques années j’aurais filmé “des” tsiganes, mais “les” tsiganes… comment j’ai pu penser ça?  Ci dessous des notes de l’époque…

Selon ma disponibilité, l’ intérêt du projet et l’ affection que j’ai pour les gens en cause, je prends ma décision.

Là j’ y ai été. Il faut toujours passer par un temps d’ intégration dans le groupe, et puis je suis  accepté  et je peux faire ce que je veux ou presque, ma recherche étant que l’ on m’ oublie, que l’ on fasse comme si je n’ était pas là.

.Je me sens à l’ affût comme un chasseur, mais pas seulement. Il y a toujours quel­que chose de l’ ordre de l’ alchimie, il s’ agit d’ être là où il faut , au bon moment, que la lumière soit bonne, que le son aussi, que je déclenche un peu avant que quelque chose commence,  et que je ne coupe pas trop tôt, parceque j’ ai l’ impression que rien ne se passe, ou que tout simplement je suis en fin de cassette ou de batterie.

Et puis parfois tout fonctionne bien , et les gens devant la caméra semblent se com­porter comme des acteurs fantastiques, les dialogues ont été écrit par les plus grands dialoguistes, c’ est la vie quoi! Reste à ce que les spectateurs apprécient…..

Des amis d l’ Association tzigane solidarité me demandent de venir faire des images pour la fête de fin d’ année des enfants de l’ école de Ginestous. Pour la totalité, il s’ agit d’ enfants tsiganes habitant sur Picarel et Ginestous. Le thème retenu est la fête flamenca.

Se faire oublier des enfants n’ est pas une mince affaire, je vis cette obstruction comme une façon peut être inconsciente de dire de quel droit tu viens nous filmer, tu aurais pu nous demander…

Ici les conditions ne sont pas vraiment réunies pour réussir le son et les images il y a trop de bruit , et le fond blanc de la scène explose sous le soleil.

C’ est ma première rencontre avec Isabel Soler . Une fois par semaine elle enseigne aux enfants le flamenco. Autant avec les enfants, qu’ avec les parents, elle semble être de la famille. Elle ne lâche jamais les enfants des yeux.

Après la fête les enfants continuent à danser pour eux cette fois, à nouveau Isabel après avoir discuté avec les parents remontent sur scène pour travailler avec les enfants ravis.

A la rentrée scolaire je demanderais à Isabel Soler l’ autorisation de  venir filmer les enfants lors des ateliers hebdomadaires.

Se pose encore un peu plus la question, comment filmer . Filmer la danse n’ est ja­mais simple, dans la mesure ou je refuse de raccorder qui ne font pas parti du même instant, et que je ne dispose que d’ une seule caméra  mon parti pris est de tendre vers le plan séquence. De laisser voir le travail de la caméra, de montrer les coupes, de ne pas tricher au montage par des raccords, dans le mouvement, laissant croire que la caméra était partout à la fois.

Quand je filme je suis à un endroit et je montre le plus simplement possible ce que je vois et entend de cet endroit là. Ne pas croire que la caméra était à plusieurs en­droits à la fois, puisque ce n’ était pas le cas.

Le choix est toujours entre le plan fixe et le panoramique, et la décision ne se prends qu’à l’ instant où je déclenche, à l’ instinct, il faut alors tourner beaucoup pour que de temps en temps le miracle se produise . Le partis pris du plan fixe nécessite que le cadre choisit au départ soit celui dans lequel va se passer quelque chose d’ important. C’ est parfois le cas, mais pas toujours.

Ce n’ est pas rare de commencer à tourner avant d’ avoir même l’ espoir de pouvoir trouver de l’ argent pour simplement payer les premiers frais J’ ai en fait le plus sou­vent tourner pour rien. Un événement  se déclare, je commence à tourner, dans l’ urgence. Ensuite on fait les dossiers  et  les réponses viennent avec un peu de chance dans les six mois , et comme elle sont en générale négative je me retrouve avec un certain nombre de cassettes qui dormiront là dans des cartons.

Dans l’ été qui suit je démarre avec Marc Marin un documentaire sur la culture dans les quartiers. Nous commençons par couvrir la tournée Racine. L’ association Cavale responsable de la tournée, fonctionne en clan, et il nous sera impossible de s’ y intégrer. Les informations ne nous parviennent pas , nous sommes avertis de rien, nous n’ avons que très peu de réactions aux informations. Pendant le tournage proprement dit  nous aurons parfois le sentiment de tourner contre eux.

Nous sommes des témoins gênant, ils craignent inconsciemment le regard que nous pouvons avoir sur eux. Pourtant lorsque nous leurs présenterons les rushs sous forme de bout à bout, ils seront rassuré, et nous réclamerons les images pour plai­der leurs dossiers auprès des élus. Sur ce tournage nous ne sommes pas que des techniciens, ce qui aurait été rassurant pour eux. Nous sommes aussi des citoyens, qui avons nos points de vues, à aucun moment on nous demandera notre point de vue, ce qui aurait pu être intéressant, pour eux. Le regard extérieur est toujours utile pour une collectivité.

A cette occasion je prends conscience combien l’ évaluation d’ une action culturelle est difficile, et en tout cas facilement mystifiable. Cavale ne s’ en privera pas d’ ailleurs, les échecs seront bien masqués, tout sera bien arrangé pour montrer l’ ex­périence comme un succès. A nouveau quand nous montrerons les images tour­nées, dans les quartiers, ils ne s’ y intéresseront nullement.

Je travaille le plus souvent tout seul, et ce n’ est pas uniquement pour des raisons économiques, c’ est aussi parceque la légèreté du matériel le permet. L’ intérêt est de pouvoir être le plus discret possible, le plus rapide aussi pour se déplacer, pren­dre la bonne place. La faiblesse principale étant la qualité du son . Le micro sur la caméra et la niveau du son en automatique ne remplace pas en qualité un preneur de son avec une perche et une mixette, mais permet d’ être plus discret et de capter des scènes qui ne se passeraient pas s’ il y avait une perche au dessus des gens. Et puis il y a l’ utilisation du micro Hf qui demande la complicité du sujet qui le porte­ra. Je constate souvent que très vite le sujet l’ oublie. La combinaison micro camé­ra/micro hf donne des résultats très intéressant lorsque l’ on tourne

seul. Je pense que le son est tout aussi important  que l’ image dans la façon dont je travaille. L’ image pourra avoir certaines faiblesses, si le son est présent, clair le sens de la séquence sera sauvegardée.

Reste le montage, là aussi j’ aimerais monter les éléments dans l’ ordre où ils ont été tourné, en préservant la chronologie, en ne cherchant pas à faire croire que deux plans qui ont été tourné à plusieurs jours d’ écart se sont déroulés au même mo­ment, ne pas reconstituer des champs contrechamps qui n’ ont jamais existes.

Ne pas utiliser de voix off, mais faire que toujours celui qui parle soit à l’ image, en utilisant les effets d’ images dans l’ images, ou de chroma key quand c’ est possible.

Pour là aussi éviter les coupes masquées. Je ne veux pas accoler des mots, des phrases qui ne l’ ont pas été lorsqu’ elles ont été dites .

Cela nécessite de monter sur un trois machine, ce qui coûte plus cher.

J’ utilise le format SVHS/ Caméra TRi CCD. Cela réduit les coûts de tournage. L’ idée étant de tourner le plus longtemps possible. d’ où un nombre considérable de rushs à traiter. Ce qui veut dire copies Time codées, dérushage large, puis bout à bout des meilleurs moments, dérushage plus poussé du bout à bout, maquettage, confrontation  avec d’ une part ceux qui sont à l’ image, puis des gens extérieurs plus ou moins complices, pour avoir leurs réactions au niveau de la compréhension, de l’ émotion.

Ce que je tourne avec l’ atelier flamenco est pour mois le premier volet d’ un projet bien plus ambitieux qui consisterait à aborder la vie des populations tsiganes dans leurs quotidiens . En s’ appuyant sur l’ association Tsigane Solidarité qui travaille depuis plus de 20 ans avec ces populations. Une équipe d’ assistante sociale, d’ in­firmières, de médecins, d’ éducateurs, ont une connaissance très riche de ce milieu, et peuvent m’ apporter leur suivi, mais aussi être des vecteurs de pénétration du mi­lieu. Voilà maintenant un an et demi que je fréquente l’ association, assistant aux réunions de travail, donnant un coût de main pour mettre en place une expo, fabri­quer un tableau d’ affichage, tournant des images pour leurs besoins propre, etc  C’ est à cette occasion que j’ ai pu d’ une part me faire accepter par  l’ équipe, d’ autre part commencer à approcher le monde tsigane. J’ ai pris conscience de la com­plexité de ce milieu, et combien l’ apport de l’ association pourra m’ être utile tout le long du tournage.

Il me faut gagner la confiance de famille tsiganes, c’ est pour une part ce que je pense obtenir en filmant les enfants, ce qui me parait une première porte pour ren­trer dans les familles. Il me faudra alors trouver un mode d’ accompagnement dans le temps.

L’ expérience montre que peut de choses sont planifiables, qu’ il s’ agit d’ être là quand il se passe quelque chose qu’ il faut beaucoup de disponibilité.

En fonction de la matière recueillie, cela pourrait faire l’ objet d’ un ou plusieurs do­cumentaires d’ une heure chacun.

Deux possibilités de traitement  seraient possible:

Thématique: La musique, la religion, les enfants, la justice, la scolarité, la santé, le voyage, les femmes, l’ habitat.

Humain: Des individus, des familles, des groupes

Il y a quand même dans le pact que l’ on fait avec les gens qu’ on filme quel­quechose qui relève de l’ escroquerie. Même si je montrerais systématiquement  a ceux qui ont été filmés les images que j’ ai retenue, et que s’il le demande ils peu­vent avoir l’ intégrale. Il reste que c’ est moi qui connait bien plus qu’ eux le sens que peut avoir telle ou telle image, je leur donne l’ impression qu’ ils contrôlent leur image quand, en fait c’ est moi .

Je ne fait jamais refaire une scène pour la camera, c’ est un principe très important. Les gens mènent leur vie c’ est tout le temps à moi de m’ adapter et non le contraire.

L’ intérêt d’ être à deux dans certaines conditions c’ est que pendant que l’ un tourne, l’ autre peut aller glaner des informations sue ce qui va seproduire, pour pouvoir anticiper; Il peut aussi expliquer à ceux qui le demandent qui on est quel est notre projet. C e qui protège celui qui tourne.

Pour l’ éclairage le mieux serait de pouvoir simplement augmenter le sources initia­les, mais cela demande une intervention complexe, je me contente en général de de mettre de mandarines en indirect.

LOrsque je monte un dossier de production la principale difficulté c’ est d’ éxpliquer ce que je vais faire. Je sais ce que je voudrais faire, mais ce que je vais faire c’ est dans l’ action que je vais le savoir, l’ essentiel du travail étant de faire face à l’ im­prévu. Ecrire avant c’ est comme si j’ endormais ma vigilance, que je me fermais quand il faut tout le  temps s’ ouvrir, se rendre le plus perméable au milieu, ne pas se mettre des oeillères, pour pouvoir percevoir certaines ondes mystérieuses qui annoncent que quelque chose d’ important se passe et qu’il faut y être présent.

Au niveau de la population tzigane, la démarche est d’ éviter de leur faire dire ce que l’ ont veut entendre. Il s’ y prêtent facilement, il y a alors création d’ un leure. Aller au delà des clichés dont on pourrait dresser l’ inventaire. Cliché ne dit pas forcément mensonge, mais déjà vu. Est- ce parceque je l’ ai déjà vu, je doid ne pas le montrer à ceux qui ne l’ ont pas encore vu? Réfléchir à la possibilité que ce soit les gens eux-même qui fassent leur cinéma.

Maintenir la stratégie de proposer de faire des images pour rien, l’ élargir même au delà d’ ats.

Chercher à se tenir au plus près de la vie des gens, chercher la proximité et pas le discours.

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