Tourner…. Technique et Éthique ?

Ce sont des notes début 94  concernant le tournage du film avec Isabel Soler et des enfants tsiganes de Ginestous/Picarel

 

Il faut toujours passer par un temps d’ intégration dans le groupe, et puis je suis  accepté  et je peux faire ce que je veux ou presque, ma recherche étant que l’ on m’ oublie, que l’ on fasse comme si je n’ était pas là.

.

Je me sens à l’ affût comme un chasseur, mais pas seulement. Il y a toujours quel­que chose de l’ ordre de l’ alchimie, il s’ agit d’ être là où il faut , au bon moment, que la lumière soit bonne, que le son aussi, que je déclenche un peu avant que quelque chose commence,  et que je ne coupe pas trop tôt  parceque j’ ai l’ impression que rien ne se passe, ou que tout simplement je suis en fin de cassette ou de batterie.

Et puis parfois tout fonctionne bien , et les gens ignorant la caméra semblent se com­porter comme des acteurs fantastiques, les dialogues ont été écrit par les plus grands dialoguistes, c’ est la vie quoi! Reste à ce que les spectateurs apprécient…..

 

Filmer la danse n’ est ja­mais simple, dans la mesure ou je refuse de raccorder qui ne font pas parti du même instant, et que je ne dispose que d’ une seule caméra  mon parti pris est de tendre vers le plan séquence. De laisser voir le travail de la caméra, de montrer les coupes, de ne pas tricher au montage par des raccords, dans le mouvement, laissant croire que la caméra était partout à la fois.

Quand je filme je suis à un endroit et je montre le plus simplement possible ce que je vois et entend de cet endroit là. Ne pas croire que la caméra était à plusieurs en­droits à la fois, puisque ce n’ était pas le cas.

Il ne s’ agit pas d’ énoncer des dogmes que je m’ impose, mais plutôt de me donner des directions de travail, des orientations pour aller plus loin, pour les y passer et les dépasser par la suite. Le passage me semble essentiel pour avancer, l’ évitement n’ est pas une solution productrice.

 

Le choix est toujours entre le plan fixe et le panoramique, et la décision ne se prends qu’à l’ instant où je déclenche, à l’ instinct, il faut alors tourner beaucoup pour que de temps en temps le miracle se produise . Le partis pris du plan fixe nécessite que le cadre choisit au départ soit celui dans lequel va se passer quelque chose d’ important. L’ idéal est que le cadre soit vide est qu’ il se remplisse tout seul d’ éléments. C’ est parfois le cas, mais pas toujours.

 

FINANCE

 

Je me demande souvent pourquoi j’ ai choisi un outil si couteux, moi qui recherche l’ autonomie, pouvoir faire sans rien demander à personne.

Ce n’ est pas rare de commencer à tourner avant d’ avoir même l’ espoir de pouvoir trouver de l’ argent pour simplement payer les premiers frais. J’ ai en fait le plus sou­vent tourner pour rien. Un événement  se déclare, je commence à tourner, dans l’ urgence. Ensuite on fait les dossiers  et  les réponses viennent avec un peu de chance dans les six mois , et comme elle sont en générale majoritairement négatives  je me retrouve avec un certain nombre de cassettes qui dormiront là dans des cartons.

LOrsque je monte un dossier de production la principale difficulté c’ est d’ éxpliquer ce que je vais faire. Je sais ce que je voudrais faire, mais ce que je vais faire c’ est dans l’ action que je vais le savoir, l’ essentiel du travail étant de faire face à l’ im­prévu. Ecrire avant c’ est comme si j’ endormais ma vigilance, que je me fermais quand il faut tout le  temps s’ ouvrir, se rendre le plus perméable au milieu, ne pas se mettre des oeillères, pour pouvoir percevoir certaines ondes mystérieuses qui annoncent que quelque chose d’ important se passe et qu’il faut y être présent.

Seul ou à deux

Je travaille le plus souvent tout seul. Ce n’ est pas uniquement pour des raisons économiques, c’ est aussi parceque la légèreté du matériel le permet. L’ intérêt est de pouvoir être le plus discret possible, le plus rapide aussi pour se déplacer, pren­dre la bonne place.

Parfois l’ intérêt d’ être à deux, c’ est que pendant que l’ un tourne, l’ autre peut aller glaner des informations sur ce qui va seproduire, pour pouvoir anticiper; Il peut aussi expliquer à ceux qui le demandent qui on est, quel est notre projet. Il joue parfois un rôle de protection pour celui qui est à la caméra. Il a le regard périphérique.

 

Le son

La faiblesse principale étant la qualité du son . Le micro sur la caméra et le niveau du son en automatique, ne remplace pas en qualité un preneur de son avec une perche et une mixette, mais permet d’ être plus discret, n’ avoir personne à consulter lorsque l’ on se déplace, et de capter des scènes qui ne se laisseraient pas saisir s’ il y avait une perche au dessus des gens. L’ utilisation du micro Hf , demande la complicité de celui qui le porte­ra. Je constate souvent que très vite le « porteur» l’ oublie. La combinaison micro camé­ra / micro hf  enregistré sur les deux pistes Hi Fi permettent un minimum de travailler le son lors du mixage.

Le son est tout aussi important  que l’ image dans la façon dont je travaille. L’ image pourra avoir certaines faiblesses, si le son est présent, clair le sens de la séquence, sera sauvegardée. Le son  éclaire l’ image.

Le montage

J’ aimerais monter les éléments dans l’ ordre où ils ont été tourné, en préservant la chronologie, en ne cherchant pas à faire croire que deux plans qui ont été tournés à plusieurs jours d’ écart se sont déroulés au même mo­ment, ne pas reconstituer des champs contrechamps qui n’ ont jamais existés.

Ne pas utiliser de voix off, mais faire que toujours celui qui parle soit à l’ image, en utilisant les effets d’ images dans l’ images, ou de chroma key quand c’ est possible.

Pour là aussi éviter les coupes masquées. Je ne veux pas accoler des mots, des phrases qui ne l’ ont pas été lorsqu’ elles ont été dites .

Cela nécessite de monter sur un trois machine, ce qui coûte plus cher.

 

Le format

J’ utilise le format SVHS/ Camescope TRi CCD. Cela réduit les coûts de tournage. L’ idée étant de tourner le plus longtemps possible.Moins ça coute plus on peut tourner, plus on est facilement disponible.La contre partie, c’e st un nombre considérable de rushs à traiter. Ce qui veut dire copies Time codées, dérushage large, puis bout à bout des meilleurs moments, dérushage plus poussé du bout à bout, maquettage, confrontation  avec d’ une part ceux qui sont à l’ image, puis des gens extérieurs plus ou moins complices les passeurs entre autres, pour avoir leurs réactions au niveau de la compréhension, de l’ émotion.

 

Le contrat moral

 

Il y a quand même dans le pact que l’ on fait avec les gens qu’ on filme quel­quechose qui relève de l’ escroquerie. Même si je montrerais systématiquement  a ceux qui ont été filmés les images que j’ ai retenue, et que s’il le demande ils peu­vent avoir l’ intégrale. Il reste que c’ est moi qui connait bien plus qu’ eux le sens que peut avoir telle ou telle image, je leur donne l’ impression qu’ ils contrôlent leur image quand souvent ils n’ ont pas les moyens théoriques d’ analyser ce qui leur sera préjudiciable dans l’ image qu’ils montrent .

Je ne fait jamais refaire une scène pour la camera, c’ est un principe très important. Un éspèce de garde fou, pour éviter toute manipulation.Les gens mènent leur vie c’ est tout le temps à moi de m’ adapter et non le contraire.

Pour l’ éclairage le mieux serait de pouvoir simplement augmenter le sources initia­les, mais cela demande une intervention complexe, je me contente en général de de mettre de mandarines en indirect.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *